Mon voyage au Vietnam du mois de mars m'a inspiré un poème:
Vietnam
La folle agitation des arrière-boutiques,
Expose sur la rue les multiples façons
D’ouvrir les appétits devant des pique-niques,
Pour prendre le chaland comme on pêche un poisson.
L’infime appât du gain, au bord de cette berge,
Sort du flot un passant qui mord à l’hameçon,
Et quand la prise tant ’attendue, les asperge
D’un peu de réussite, ils refont leurs bouillons.
On croit que ces gens-là, des aurores aux soirs,
Ne s’inquiètent jamais du peu de prévision
De ces vies alourdies par autant de déboires
Qui nous tueraient sitôt que nous y penserions.
Mais au fond de leurs yeux, je plonge dans le rêve
Des paisibles langueurs qu’autrefois nous avions
Connues près des nôtres qui bénissaient la trêve
De cette accoutumance aux maux que nous taisions.
.
J’ai cru reconnaître cette bonne amertume
Que l’on cultive avec autant de déraison
Chez nous qui regrettons jadis ce que nous fûmes
Et qui me fait aimer ce coupable unisson.
La rizière était là, prenant toute la place,
Un reflet de ciel sous’ le lacustre gazon,
Planté dans un nuage, agrandissait l’espace
Enclin à inonder l’éphémère sillon.
L’étrave fleurie que’ la brume immobilise
Déplace un petit souffle à côté duquel on
S’immisce près du lieu dans un air de Venise,
Qui prépare au vertige annonçant le Mékon’.
Pareils à ces fardeaux que charrient les varangues,
Guidés par la rameuse, étions sa cargaison,
Emmenés au marché où le promeneur tangue,
Eclate la couleur des parfums de saison.
Je garderai toujours… les frêles silhouettes
Qui semblent résister sans craindre l’abandon
Des forces qu’il leur faut au vent qui les fouette,
Au labeur qui leur prend la sueur à leur front.
Je sens quelque chose d’une bonne influence,
Qui se résigne et souffre autant que nous souffrons
Et si je vais vers eux, rechercher leur présence,
Je trouve une énergie qu’ensemble nous puisons.
Tonton Dub, fier de ses troupes: "Ah! Les braves gens..."
